La basilique Saint-Denis, une ou deux flèches ?

La basilique avec une flèche.

Fin avril 2023, nous visitions cette basilique, nécropoles des rois et reines de France , et nous pouvions constater qu’il manquait une flèche pour respecter la symétrie. Cette tour nord avait été fragilisée par des vents violents en 1842 et 1843 et des lézardes étaient apparues. Elle avait en outre été frappée par la foudre en 1837. Sa chute menaçant la stabilité de l’édifice , elle fut déposée en 1849.

En principe elle devait être remontée mais une polémique opposa Viollet-le-Duc à Debret l’architecte qui avait déjà procédé à des restaurations dans la basilique. Ce conflit entraîna la démission de Debret et finalement le remontage de la flèche fut abandonné.

Mais avant cette démolition, Debret avait très opportunément procédé à des relevés exceptionnellement complets. Ces documents ont été conservés aux Archives nationales et à la Médiathèque du patrimoine et présentent un très grand niveau de détail. Ils sont complétés par des croquis, même des photos et par les pierres qui ont été déposées et qui sont conservées dans le jardin arrière de la basilique. La flèche de Saint-Denis est donc exceptionnellement documentée.

L’objectif d’une reconstruction ne quitta pas les esprits. En 1987 M. Berthelot, maire de Saint-Denis lança officiellement le projet. En 1991 une étude fut commandée par le ministère de la culture à l’architecte Jacques Lavedan qui conclut aux parfaites possibilités techniques et scientifiques du remontage de la flèche.

Le projet se heurta toutefois à des obstacles financiers. En 1992 les travaux furent évalués à 60 millions de francs. L’accord donné par le ministère précisa qu’il fallait exclure toute aide financière de l’État déjà engagé lui même dans la restauration de l’intérieur de la basilique.

Le projet a été repris par le maire actuel, M. Hanotin ,initialement hostile, qui l’annoncé dans un point de presse du 29 avril dernier. Toutes les réserves ont été levées notamment le risque généré par le poids de la tour et de la flèche sur le massif actuel. La consolidation du massif est en cours pour pouvoir supporter les 20000 tonnes du futur ouvrage.

Un moment on avait pensé pouvoir utiliser les fragments de l’ancienne flèche mais compte tenu de leur état cela n’est pas apparu réalisable.

Le coût serait de 37 millions d’euros, financés à hauteur de 22 millions par le fonds de solidarité inter départemental pour l’investissement, 5 millions par la région Ile de France et 4 millions par la métropole du Grand Paris. Resterait à trouver 3 ou 5 millions. Le maire compte sur le mécénat privé et l’achat des 15000 pierres nécessaires au prix variant de 15 à 1500 euros selon la pierre. L’opération de collecte a été confiée à la Fondation du patrimoine. Aura-t-elle le même succès que la collecte pour le restauration de Notre-Dame ?

Les grandes étapes sont les suivantes :

-des fouilles préventives qui sont en cours

-la consolidation de la tour

-la reconstruction selon les plans de Debret qui devrait durer 5 ans et se terminer si tout va bien en 2029.

On ne peut que souhaiter le succès de cette opération qui outre le fait de restituer un monument dans son aspect historique permettra à de nombreux corps de métier de pouvoir se perpétuer.

René BARBERYE