Performance énergétique et Patrimoine.

Les pouvoirs publics ont mis en place le diagnostic de performance énergétique (DPE) qui est devenu obligatoire lors des transactions immobilières et qui ne permet plus aux propriétaires de louer lorsqu’un certain niveau n’est pas atteint. Ces dispositions louables en soi s’avèrent en partie inadaptées s’agissant de constructions antérieures à 1948. Ceci a provoqué une réaction de 7 associations reconnues d’utilité publiques et représentant ensemble 100000 acteurs mobilisés pour la sauvegarde du patrimoine. A noter que les associations des ABF et des architectes du patrimoine se sont associées à cette démarche.

Ces associations font d’abord le constat que sur 37,2 millions de logements et d’habitations, environ 10 millions constituent du bâti ancien composé de 60 % de maisons individuelles et de 40 % d’immeubles. Ce bâti ancien est différent de celui postérieur à 1948 qui a connu la généralisation des maçonneries en parpaing et béton.

Ces associations du patrimoine sont convaincues qu’il est possible de conjuguer le respect du patrimoine ancien et l’urgence énergétique. Pour cela une seule condition : sortir de l’esprit de système énergétique qui impose un DPE unique et dans la foulée, des travaux indifférenciés. Ceci pourrait se traduire à terme par le pourrissement des pierres tendres, la dissolution des mortiers et la prolifération des champignons dans le bois.

L’isolation par l’extérieur en arrimant des dalles généralement en polystyrène détruit toute ornementation en saillie des façades et ramène l’architecture à un simple gabarit.

Enfin les sanctions établies par les articles 159 et 160 de la loi du 22 août 2021 risquent de tarir le marché locatif ancien notamment dans les centres historiques et de faire baisser la valeur des biens.

Aussi les associations ont fait une série de propositions dont les principales sont :

1) reconnaître dans nos codes la spécificité du bâti ancien

2)décréter un moratoire immédiat à l’application du DPE actuel pour mettre en place un DPE « bâti ancien »

3)privilégier réversibilité et réemplois

4)concrétiser la différenciation normative du bâti ancien grâce à la mise au point de normes adéquates et de recommandations de bonnes pratiques

5) faire valider les compétences des intervenants par un organisme certificateur

6)organiser une formation spéciale pour les diagnostiqueurs et thermiciens intervenant sur le bâti ancien

7)inventorier les patrimoines menacés par les rénovations.

8)renforcer la formation de tous à l’architecture durable.

9)développer la formation aux métiers du bâti ancien et organiser une filière artisanale.

10)inciter à la conservation des menuiseries anciennes.

Une récente table ronde de ces associations et du ministère de la culture organisée au Sénat a montré un complet consensus autour de ces propositions.

R.BARBERYE