La chapelle de l’hôpital de Rambouillet

  • 7 août 2019

Ce dossier, rédigé par Catherine Comas,  résume une action qui mobilisa PARR durant plusieurs longues années, et dont notre association reste légitimement fière …


L’hôpital de Rambouillet, inauguré le 17 septembre 1933, est l’œuvre de Maurice Puteaux (1896-1989), architecte DPLG.

La chapelle, construite en meulière et brique, comme tous les pavillons de l’hôpital, s’inscrit dans un ensemble homogène et cohérent dont elle est un élément à part entière. Elle est toujours en service, principalement pour des obsèques. Elle fut décoré, en 1945, par deux artistes rambolitains : Gaston Le Bourgeois (1880-1956), sculpteur et Raymond Cailly (1906-1993), son gendre, peintre. Le premier exécuta la statuaire : un Christ en croix, sculpté dans une défense d’éléphant (particulièrement grande que l’auteur réservait pour cette oeuvre), une Vierge et les trois autels. Raymond Cailly réalisa une peinture murale monumentale, peinte à l’huile, couvrant les trois murs du chœur, sur le thème de la « Glorification de la Vierge Marie » accompagnée de deux plus petites, en forme de niche, représentant Saint-Joseph et Saint-Vincent-de-Paul. Sur la peinture centrale, l’artiste a représenté, autour de la statue de la Vierge surmontée de la représentation de Dieu le Père et du Christ tenant sa croix, toute une série d’anges. A gauche des peintures de malades et estropiés accompagnés d’une sœur de Saint Vincent-de-Paul, congrégation au service de l’hôpital de Rambouillet depuis 1731 et à droite une famille (celle du peintre) complétent l’ensemble.

Gaston Le Bourgeois, sculpteur, s’installe à Rambouillet en 1918. Il fit la statuaire de cette chapelle et Raymond Cailly (1906-1993), son gendre, réalisa les décors picturaux. Raymond Cailly vint travailler auprès de G. Le Bourgeois dès 1931.

Une collaboration, rare entre deux artistes, a donné des œuvres remarquables (l’école de Salon de Provence, le paquebot Normandie, la cathédrale de Verdun ou l’ossuaire de Douaumont, le restaurant Prunier à Paris…). Beaucoup de leurs œuvres sont classées. Certaines se trouvent au Musée des Arts décoratifs à Paris. Leur travail en commun, dans cette chapelle, révéla dans sa simplicité un art fait de spiritualité et de beauté. Raymond Cailly peignit ces décors en 1945, alors qu’il venait de vivre un drame, la mort de son épouse, Eve Le Bourgeois, il a voulu la représenter, entourée de ses enfants, sur le retour latéral droit du chœur. A gauche, se sont les occupants de l’hôpital : les mutilés de guerre, les religieuses de l’ordre de Saint-Vincent–de-Paul , congrégation au service de l’hôpital de Rambouillet depuis 1731 et qui perdura jusqu’en 1980, la population jeunes comme vieux. Quant au chœur, sur le thème de la « Glorification de la Vierge Marie », la statue de la vierge est surmontée de Dieu le père et du Christ tenant sa croix et entourée une série d’anges. La fille de l’artiste et ses camarades de classe servirent de modèles.

Raymond Cailly, peintre, sculpteur et décorateur, s’établit à Rambouillet en 1931 où il entama une longue et fructueuse collaboration avec le sculpteur Gaston Le Bourgeois (dont il épousera la fille Eve en 1933). Il était le fils d’un fondeur créateur d’objets en étain et fit de brillantes études à l’école Boulle. Il travailla quelques années à Paris pour Les Trois Quartiers, les Galeries Lafayette, et le décorateur Henri Rapin.
Arrivé à Rambouillet pour assister Gaston Le Bourgeois dans ses dessins de composition, il commença alors une riche carrière de décorateur : décorations de nombreuses églises dont Le Bourgeois réalise les splendides sculptures de la crypte, dans la Marne, et dans la Meuse, Sermaize, Epernon … des groupes scolaires à Paris (avenue d’Italie, boulevard St Marcel), au Ministère des Travaux publics, le paquebot Pasteur, Il décorera l’Ecole de l’Air de Salon de Provence et la Gare de Versailles Chantier avec Le Bourgeois, … Après l’incendie du Paquebot Normandie à New-York il reprendra les outils de sculpteur de Le Bourgeois pour faire revivre trois stations détruites du Chemin de croix qui avaient été réalisées par celui-ci.
Pour la ville de Rambouillet, il fournit les dessins pour le Monument aux morts américains que sculpta Le Bourgeois, et il effectua la décoration de la chapelle de La Villeneuve en 1953 (avec Le Bourgeois pour le très bel autel en bois). C’est aussi avec Gaston Le Bourgeois – (auteur du Nouvel autel et des deux petits autels auxiliaires, de la Vierge (médaille miraculeuse de Lourdes), du splendide Christ sculpté dans une seule défense d’ivoire, des chandeliers pour les cierges) – que Raymond Cailly réalisa la décoration de la chapelle de l’Hôpital.
De janvier à mai 1945 il exécuta les peintures murales de la face intérieure du chevet, les retours latéraux, et celles qui sont au dessus des petits autels de st Joseph et st Vincent-de-Paul. Sur la peinture latérale de droite il a voulu représenter les traits de ses enfants et de son épouse décédée un an plus tôt.
La collaboration, rare entre deux artistes, de Gaston Le Bourgeois – Raymond Cailly, est exemplaire et a donné des fruits remarquables, toujours dans une discrétion qui est la marque des vrais artistes inspirés. Le travail en commun, dans cette chapelle, révèle dans sa simplicité un art fait de spiritualité et de beauté. Raymond Cailly n’aura pas délaissé pour autant la peinture où il excelle dans la gouache et l’aquarelle : fin observateur de la nature pendant 60 ans, il a su saisir au cours de ses promenades, la moindre occasion de fixer dans l’image la douceur d’un paysage, d’une église, de vieilles maisons de nos villages. « L’expression graphique et picturale, dit-il lui même, avec les jeux de l’ombre et de la lumière, les tonalités éclatantes ou assourdies, permettent d’approcher l’harmonie, l’esprit, le caractère d’un site dans ses composantes naturelles ; la terre, ses champs, ses eaux, ses bois, modelés par l’homme avec ses demeures, ses lieux vénérables ou sacrés, nous transmettent le message de générations évanouies à nous qui sommes un maillon de la chaine »

Dès 2007, l’association PARR s’est inquiétée de l’état dégradé des peintures et de leur support, fissuré en plusieurs endroits. Si une restauration sérieuse n’est pas engagée, le décor sera irrémédiablement perdu. L’hôpital, propriétaire du lieu, n’a pas les moyens d’entreprendre ces travaux  toutefois la Direction soutiendrait notre action si l’association assurait la restauration.
Et l’aventure commença !! Touts les membres du conseil d’administration furent mobilisés.
Après un diagnostic sérieux du bâti établi par Laurent Pouyès, architecte du patrimoine, et pose de jauges sur les fissures, contrôlées et analysées durant quinze mois, le verdict tomba : la chapelle est solide, il est possible d’entreprendre la restauration.

Recherche donc de restaurateurs et entreprises habilités à réaliser ce type de travaux. Quand le montant de la restauration fut chiffré et il fallait en trouver le financement. Rien ne fut négligé (Conseil général, mécènes, dons, participation à différents concours, organisation de spectacles, souscriptions…). Démarches longues, difficiles et fastidieuses. La somme nécessaire (60 000 €) fut réunie en 2012.

Les entreprises sélectionnées par un conseil présidé par Monsieur Trouilloud, architecte des bâtiments de France, se mettent au travail en septembre 2012. Ces artisans, tous rambolitains, Bourgeois pour la maçonnerie, Bellanger pour les peintures et PF Lighting pour l’électricité, occupent la chapelle qui avait été préalablement vidée de tout son mobilier et objets par les responsables de l’aumônerie de l’hôpital. Nelly Cochet, restauratrice conseillée par les musées de France, nettoya et restaura les peintures du chœur pendant plus de quatre mois. En mars 2013, les travaux intérieurs étaient terminés mais il a fallu vérifier toute la toiture et changer les noues pour pérenniser cette restauration. Nous rendîmes les clés de la chapelle à son propriétaire en 2014, ravis d’avoir pu mener à bien ce chantier et heureux d’avoir sauver cet élément du patrimoine rambolitain. Satisfaction d’autant plus grande que cette restauration a obtenu le premier prix du concours national « Un patrimoine pour demain » attribué par le Pèlerin magazine.

A l’occasion des journées du patrimoine, Pèlerin magazine récompense les lauréats de son concours national « Un patrimoine pour demain« . Depuis plus d’un quart de siècle, ce journal soutient et encourage les associations qui restaurent des édifices ou décors, non classés, qui menacent ruine.
Pour le millésime 2013, le Jury, présidé par Philippe Bonnet, conservateur en chef du patrimoine, avait un parrain prestigieux : le célèbre romancier et homme de théâtre Eric-Emmanuel Schmitt.
Douze œuvres ont été récompensées ; PARR a obtenu le premier prix et le coup de cœur du Jury pour la restauration de la chapelle de l’hôpital de Rambouillet. Ce prix d’une valeur de 4 000 € a été remis à notre association le 11 septembre 2013 à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris.
Eric-Emmanuel Schmitt a présenté ainsi ce prix :
« Le patrimoine, c’est une notion essentielle ; le patrimoine, c’est l’histoire des hommes qu’on défend ; c’est un principe de vie, de transmission de la vie ».
« Ce décor, c’est mon coup de cœur. Cette fresque gracieuse et inspirée m’aspire vers le haut. Je me sens littéralement porté par le cortège des anges. Le talent de l’artiste nous rend légers et profonds à la fois. Il réveille en chacun de nous l’aspiration au divin ».

Catherine Comas, présidente de PARR, a précisé combien ce prix était le bien venu tant il avait été difficile, malgré la mobilisation des Rambolitains (entreprises et particuliers), de réunir les fonds nécessaires au financement de la restauration de ce site qui n’est ni classé ni inscrit.
La Présidente remercie chaleureusement tous les acteurs de cette « aventure », elle signale la présence de la jeune restauratrice, Nelly Cochet qui fit un travail remarquable, et de la fille de l’auteur de la fresque qui a servi de modèle pour l’ange qui est reproduit sur l’invitation.

Eric-Emmanuel Schmitt a ainsi conclu :
« Je suis sensible au fait de vouloir sauver l’art religieux hospitalier car je trouve que les gens y viennent avec beaucoup de douleur ; je connais même des gens qui ne sont allés dans une chapelle ou dans une église que lors d’hospitalisation car, tout d’un coup, ils réalisent qu’ils sont mortels. Cette chapelle propose un apaisement et une élévation. »